25.12.2007

Fleurs fanées et oiseaux exotiques…

 Fleurs-fânées-exo2L

 
 
                        Je quitte ma table un instant dans un restaurant. Dans un coin, une dame du quatrième âge, tassée sur son siège, disparaissant sous sa serviette blanche, un chapeau fleur exotique épinglé avec une élégance dépassée par cette perle pas encore à la brocante... pathétique. Un peu trop maquillée pour que les lèvres ne disparaissent pas et que les joues soient roses. Mince, fanée, froissée mais encore et toujours vivante. Le mari est absent. Et pour cause... Elle me regarde passer mais je n’ose presque pas la regarder. Seule au monde à sa table, à l’affût du moindre signe d’humanité dans sa solitude. Elle mâche.

Elle n’avait pas envie de cuisiner dans sa cuisine toute propre, brillante, avec deux ou trois objets surannés. Cuisiner pour elle seule? Ça ne l’intéresse pas. Alors elle part à la recherche de bruit mais le bruit l’évite et la tamponne à la poudre de silence, comme une handicapée... de l’âge. Nous savons tous qu’elle ne nous racontera que des misères, de la fierté de ses enfants trop peu vus, qui ont «leur vie»... Elle nous parlera de notre société. On n’a pas envie de ça. Comme ce Monsieur, oui oui, avec une majuscule. Il mange au resto. Il met un point d’honneur à s’habiller, à mettre une cravate, à être propre malgré sa femme disparue. Vous comprenez, ça? Mais pour qui?  Pour lui, pour son honneur. Et tout ça, cruellement, ne le rend que plus ringard à nos yeux.

Et vous savez quoi? Là, j’ai plus envie de rigoler. Désolé pour aujourd’hui...
Alors, j’en veux à cette société qui se targue de solidarité socialiste à pots de vin mais qui l’a industrialisée, administrativée, verrouillée, cette solidarité dans des catégories vexantes: l’accès gratuit au bus, mais payant d’inconfort, les gens qui vous projettent dans la marginalité en vous cédant leur place. Une retraite comptée en centimes, ce qui semble encore stimuler leur élégance jusqu’à s’empêcher de manger telle viande ou tel fruit pour s’arrimer au monde avec de bonnes chaussures. Ils n’ont même plus la possibilité d’écrire dans un site internet qu’ils voudraient une compagnie qui a toutes les qualités ISO 9000 pour un nouvel amour définitif. Un homme ou une femme vivant, ce serait déjà pas mal...
Alors, moi, j’ai décidé un jour que je parlerais à tout le monde, même si on ne me répond pas. Qu’importe. Ceux qui répondent ont une telle joie... et vous vous sentez tellement bien, tellement plus vrai et tellement heureux d’avoir été un bonheur que vous oubliez votre univers étriqué de conventions. Vous avez été vers l’autre... Et le jour où VOUS serez dans un aquarium de solitude vous apprécierez... Pensez-y en période de fêtes. Parlez… Même pour ne rien dire. Mais parlez leur.
*:->)

22:27 Écrit par Amadeus dans Cœur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

Tony was here. Un des effets pervers de la solidarité étatique obligatoire est que l'individu se désolidarise.
Taka aller au CPAS, au resto du coeur... à la soupe populaire... c'est pas mon rôle de te tendre la main...
Regrettable, n'est-ce pas?

Écrit par : Tony | 25.12.2007

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