09/04/2008

Le beau parler

Enculé-s'pasL

 
 
                            Je déteste la vulgarité autant que vous. Il va cependant falloir éloigner un peu les enfants pour lire la chronique d'aujourd'hui. Avez-vous déjà remarqué à quel point les nobles pouvaient être incongrus? A croire que, se sentant tombés dans la portion maggy de la bonne éducation une fois pour toutes à la naissance comme Obélix, ils peuvent se permettre les pires dérapages sous prétexte qu'ils veulent se mettre au niveau de tout le monde. Comportements hybrides, langage de charretier, tout y passe avec une délicieuse délicatesse toutefois… Soit. La même chose vient de m'arriver avec un lecteur fort érudit. Je vous zesplic.

Pour être sur que je comprenne son propos critiquant la nécessité pour un psychanalyste d'avoir été psychanalysé lui-même, il me dit: "comme s'il fallait avoir été enculé pour devenir proctologue, n'est ce pas?" Ah…

A première vue le propos peut paraître vulgaire bien que juste et bien observé. Côté observation tout coulisse bien. De plus, le "n'est ce pas" lui confère une distance noble que l'on n'entend que dans la bouche des vieux sages qui ont été très éduqués comme Valéry Giscard d'Estaing qui termine toutes ses phrases par 's pas? On se sent rassuré. Il eût dit "…enculé pour être médecin du trou de balle", on l'eut classé bas de gamme. Avec "…enculé pour devenir trouducologue", il eut manifesté sa connaissance de l'œuvre de mon Maître Pierre Desproges mais se serait abaissé au niveau de mes chroniques. Il y a dans sa formulation un contraste entre "enculé" et le terme juste et précis, presque précieux de "proctologue" comme une certaine hauteur scientifique. Tout va bien.

A vrai dire, en notre temps troublé, si vous ne manifestez aucune vulgarité élégante, vous passez pour un plouc. Seules les petites gens savent encore recevoir et être dignes. Mon lecteur a donc su se positionner à mes yeux comme un être choisi, élu et parfaitement bien situé dans le haut de gamme des codes sociaux, bordel de merde, s' pas?

Eh oui, nos valeurs se sont inversées… Y va falloir faire avec. Mais pas de panique c'est pas nouveau. Mozart lui-même, l'être le plus délicat qui soit, était d'une vulgarité épouvantable dans la correspondance avec sa sœur… Allez, pour vous quitter et le paraphraser sans qu'on puisse me le reprocher, j'embrasse vos adorables petits culs! Je parlais aux dames, évidemment… Pas à mon raffiné lecteur, s'pas!  *;->)

Bon, là-dessus je m'absente quelques jours pour fuir ses représailles!  ;-)

18:00 Écrit par Amadeus dans Drôle de monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : humour, langage, parler, vulgarite |  Facebook |

Commentaires

Bonjour Amadeus Personnellement la vulgarité me choque.
Qu'elle émane de la bouche de Mozart ou de ton visiteur...
Est-elle nécessaire au dialogue?
...
Merci pour le bisous sur mon p'tit Q 's pas ?!
Et bonne fuite hihi !!!
A bientôt

Écrit par : Sarah | 09/04/2008

Très bon! Un bon moment de lecture de plus...
Merci, Amadeus!

Écrit par : Tony | 09/04/2008

Ah le ton toujours le ton.

Écrit par : Mishima | 10/04/2008

Vous dirais-je Monsieur, avec un genre emprunté de BCBG, "oh prout ma chère" .. que je risquerais d'être aussitôt catalogué ...
"il est vrai que dans cette société là, Monsieur," comme aurait dit notre grand Jacques enlevé le verni et le naturel revient au galop ...
mais pour moi pauvre manant votre prose me plaît
Amicalement à vous revoir bientôt

Écrit par : aramis-echotier | 10/04/2008

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