27/07/2008

Comptable démiurge

Comptable-démiurgeL

                                Imaginez que vous soyez né comptable. Ne riez pas, c'est arrivé à plus d'un*. Mais alors que certains en ont fait un métier honnête, d'autres ont su en faire un réel tremplin vers la puissance divine. Généralement petits et étriqués, ces gens là ont trouvé dans l'artisanat comptable, une jouissance de la construction d'empires à coups d'achats et vente d'hôtels rue de Rivoli sur les cases du Monopoly. Le respect qu'on leur portait croissait parallèlement à leur surface financière alors que la considération pour eux augmentait en proportion inverse de leur moralité. Vous suivez?

Un jour, riches, puissants et épurés de toute forme de scrupule, ils ont eu besoin de légitimer leur grandeur et de la sublimer en quelque sorte. Lui donner un nouveau statut qui ne serait plus ni matériel comme les actifs de leur banque, ni virtuel comme leur respectabilité mais carrément spirituel. C'est l'Art qui allait leur offrir cet ascenseur canonisant.

Nos comptables qui avaient frayé avec les ministres saumon-rose, se mirent à faire semblant de comprendre le sens caché de pitreries inqualifiables et portèrent ainsi leur aura loin au-dessus de leurs contemporains et mortels. Vous avez noté? Les autres en devenaient mortels… Et, après tout, si des gens aussi réalistes et objectifs que des financiers de premier plan dépensaient des fortunes à acheter des bêtises multicolores, vulgaires, sales, voire scatologiques, c'était bien qu'il y avait quelque chose à comprendre que nous n'avions pas compris! La même chose qui avait fait que nous, nous n'étions pas riches et banquiers, sans doute…

Et voilà la légitimation en train. Parce que si tout comptable honnête veille à ce que les chiffres obéissent à la rigueur mathématique, tout comptable riche exploite les failles du système et la subjectivité des désirs, loin de la rigueur des chiffres. Retour à la subjectivité et entrée de plain pied dans le blanchiment de la moralité argentée sur poivre et sel.

Quel bonheur dès lors de se promener dans une exposition la veille de son ouverture, marchant sur l'eau et propulsant la valeur des œuvres par un simple mouvement de lecture de leurs titres ou auteurs… Etre le Créateur des Valeurs, le Grand Comptable de la Beauté, celui qui étend le pouvoir de son argent à la reconnaissance du Beau Artistique. Donner vie aux œuvres, aux artistes, pérenniser les Créateurs ou les jeter dans les ténèbres de l'Histoire de l'Art.

Le pouvoir d'acheter, d'ordonner au Temps, à la Valeur, au Beau, faire et défaire les Artistes… le comptable marche sur l'eau… preuve de sa valeur divine… tant qu'il n'ouvre pas la bouche pour tenter de qualifier l'inqualifiable.  *;->)

 

*J'attends vos commentaires… Pourtant vous savez que je suis un être mauvais!

19:00 Écrit par Amadeus dans Art | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art actuel, pinault, biennale, grossier, insultes |  Facebook |

Commentaires

HBTYoou... ;-)
Mon frère dit que son comptable est le seul mec qui compte pour lui!
Faut dire que le comptable claque entre 25 et 30€ par jour pour s'intoxiquer à la Casa...
^^

Écrit par : Tony | 28/07/2008

ouh là là bon je vais m'en tirer par une pirouette. Dans Topaze (je crois), Marcel Pagnol met en scène un prof de grec qui donne cours sur Homère. Un de ses élèves rigole et lâche un calembour du style (oh merde). Le prof l'invective. L'élève réplique "ca ne sert à rien poésie". Le prof rétorque '"Vous connaissez le nom d'Homère" "Ben oui" "Et vous connaissez le nom d'un millionnaire du temps d'Homère ? " L'élève se tait.
Je n'en veux pas au désir de toute puissance des comptables, il est humain, masculin en tout cas. Et à la limite je n'en veux pas à l'artiste, c'est un commercial et s'il vend bien son produit avec une marhce bénéficiaire de 500 ou 5000 % ,c'est qu'il est habile. Par contre ce qui m'insupporte c'est le discours jusitificatif des ayatollahs socioculs qui vous expliquent ce qui est beau, admirable et de bon ton alors qu'objectivement c'est de la m.....
Et cela vaut aussi bien pour les arts plastiques, que pour la littérature ou le cinéma. Qu'on nous délivre des BHL, Begbeder et E-E Schmitt, cornes de bouc.

Écrit par : Mishima | 06/08/2008

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