08/12/2008

Le grand Marcel…

ProustL

 

                    Tout le monde connaît Proust par sa madeleine. Pour les distraits, rappelons qu'en dégustant une madeleine, l'auteur voit resurgir des souvenirs du passé qui y sont associés. Ceci correspond bien au titre de son œuvre: A la recherche du temps perdu. Mais Proust c'est bien plus que cette vision réductrice. La plupart du temps il n'est pas compris.

D'abord, on n'y voit qu'une exceptionnelle description de la société bourgeoise de la fin du XIXeme siècle, raison pour laquelle tous les cinéastes qui ont essayé de le porter à l'écran se sont cassé les dents… Proust est très au-dessus des anecdotes de  ses livres.

Beaucoup de gens sont rebutés par les phrases interminables. Or, tout est là. C'est ce qui fait l'exceptionnelle grandeur de Proust. Mais pourquoi?

La raison profonde pour laquelle Proust a développé de telles phrases, c'est qu'il était asthmatique. La respiration de ses phrases relève d'un combat et d'une victoire sur la difficulté de respirer. Eh oui, parler, écrire, phraser, c'est respirer… Mais sa respiration est une construction artificielle, une assistance respiratoire.

Il a pris goût à ces victoires. Elles lui ont permis de respirer une vision du monde relativiste dans laquelle la réalité peut-être démontée et reconsruite logiquement jusqu'à changer toute la perception. Ainsi, lorsque Proust décrit son trajet en voiture (à cheval), il parle de l'église de Combray qui saute d'un côté à l'autre de la route au fil de ses méandres comme les morceaux de phrases qui font sauter l'esprit d'un point à d'autres. C'est finalement une vision einsteinienne et relativiste. Ce n'est évidemment pas l'église qui bouge… L'univers devient ainsi moins important et son sens ne se développe que sous le regard de l'observateur. Par la modularité des phrases, il parvient à associer des idées et vues dans des positions qui donnent d'autres éclairages et d'autres sens.

On pourrait dire que la phrase de Proust est un Rubick's cube de l'expression littéraire dont tous les états intermédiaires sont aussi intéressants que le cube retourné à son état stable reconstruit.
C'est cette vision relativiste dont tous les états produisent du sens qui amusent l'esprit et nous donne une vision plus intense du monde. C'est la vision sans cesse démontée et reconstruite du réel qui a fait le cinéma de notre temps et qui participe à notre univers à la fois éclaté et reconstruit. Il avait tout créé de la vison du XXeme siècle. Malheureusement, cette vision a conduit au déconstructivisme dans ses excès et on peut se demander si aujourd'hui nous ne sommes pas tous devenus asthmatiques du Sens et de la vie…

18:00 Écrit par Amadeus dans Art | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : marcel proust, relativite, respiration |  Facebook |

Commentaires

Suis pas proustien pour un sou. Mais vous avez raison, quand les idées sont dans l'air du temps, elles percolent en science, en littérature, en art. Regardez Calvino, Levi-Strauss et Vasarely sur le structuralisme , par exemple.

Écrit par : Mishima | 09/12/2008

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