14/12/2008

Nightmare Concert…

NightmareConcertL

 

                        J'aime la Musique. Raison pour laquelle je me suis offert une chaîne raffinée qui a avalé ma tirelire. Exécrable pour écouter de la techno… Mais pour les musiques anciennes ou le Jazz c'est une merveille. Trop peut-être parce que du coup… nous sommes déçus par les vrais concerts! Mais ma femme aime l'ambiance des concerts, le décor et tout ce qui va avec mais on a pas les mêmes goûts une fois de plus. Seulement la dernière fois que nous y sommes allés fut probablement la dernière. Je vous zesplic.

Concert à 20 heures. Il a fallu rentrer en vitesse, souper sur le pouce, se stresser pour l'horaire et partir sous la pluie battante des essuie-glaces, éviter les radars, contourner les déviations, arriver près du Bozar (Tsss…) où il est impossible de se garer, tourner en rond et finir par planter la voiture face au Palais Royal. Dix minutes à pied dans les flaques d'eau et sous un parapluie pour deux qui supportait pas le vent.

Trempés mais ravis d'être arrivés, on réalise que les tickets achetés 50+50 euros sont restés dans la voiture, Madame ayant changé de sac. Bardaf… Galop vers la voiture, recherche des tickets et retour en courant dans les flaques d'eau pour arriver essoufflé dans la salle où une ouvreuse faisait barrage: pas de parapluie dans la salle, Monsieur. File au vestiaire, débarras du parapluie. Retour dans la salle, déshabillage pour trouver le montant du programme avec les pieds trempés. Se glisser entre les déjà installés puisqu'on avait de bonnes places vers le milieu avant de la salle. Ouf!… quelle course!

Puis, une hôtesse est venue déclarer en trois langues et la bouche en cul de poule que Maître Pogorelitch qui devait nous jouer les Scherzi de Chopin pour lequel nous sommes là, se sentait plutôt en forme pour jouer des pièces de Gerek Sckijhrtzvlijkäiak, l'immense compositeur russe trop peu connu. Avec un nom pareil tu m'étonnes, Anton… Mais quand même, Pogorelitch… Oui mais le piano est orienté vers les places à 100 euros et le pianiste est de dos pour nous… Pas de bol… Suivirent des pièces quelconques seulement ponctuées par les toux de quelques vieillards et un GSM quand même… Pas de rappel. Maître Pogorelitch n'était pas d'humeur. Il a tapé la dernière note qu'il était déjà debout pour saluer et courir prendre son avion.

File pour le parapluie, abstinence d'un verre de fin de soirée pour éviter les ennuis avec les petits ballons des flics, retour aux flaques d'eau et aux déviations jusqu'à la maison où j'ai enfin pu écouter les scherzi de Chopin dans mon fauteuil, au sec, un verre à la main et dans des conditions d'écoute superbes! Je suis pas prêt de retourner au concert, moi.   *;0(

04/02/2008

Trajectoires

Phil-trajectoiresFIN-L


                      Il m’arrive de regarder autour de moi et d’imaginer mon environnement et ma vie comme ces trainées des débris de la navette spatiale Columbia désintégrée en plein ciel, qui continuent sur leur lancée avec trois lignes blanches obstinées dans l’azur…

Subitement, les miens, mes objets, mon fauteuil, mes papiers, mon désordre, mes négligences de vie ou des détails, les trucs que je suis seul à savoir utiliser, mes livres, le classement de mes disques, les réponses en souffrance, la compta (à propos de souffrances! ;-), tout, jusqu’à mon chien toléré parce que J’ étais là… tout éclate en vol et continue sa brillante trajectoire pour finir en riens ou débris brûlés et déformés sur le sol.

Alors je regarde, je me demande ce que je devrais faire pour préparer tout ça afin que ça ne tombe pas sur la tête des miens, en cas de désintégration en vol de ma modeste personne… Mais cette mise en ordre, ce pliage bachelardien des draps de la vie dans l’armoire à linceuls m’enterrerait avant terme. Serait-on condamnés à vivre sans y penser?… L’heure de s’enivrer?…

Je ne me suis pas encore remis de la mort de mon ami Philippe atteint d’un cancer en plein vol il y a cinq ans. Lui qui parlait chinois, qui jouait si bien de plusieurs instruments, qui avait un œil de photographe si facétieux, qui était graveur et typographe d’exception. Lui dont les doigts massifs devenaient subitement si agiles et délicats sur une guitare ou un violon ou même une cornemuse, instrument que les flics l’avaient surpris en train de répéter sur les hauteurs de Watermael, dans sa voiture, pour ne pas déranger ses voisins!

Il s’était rapproché du ciel en photographiant des années durant, parfois au péril de sa vie, les traînées magiques des avions pour qu’elles épousent joliment les courbes des nuages, ou s’insèrent entre des fils télégraphiques, là où une lune était suspendue comme une blanche musicale sur sa portée.

Ensemble, avec la complicité de Charles Loos, pianiste de jazz qui avait improvisé sur les images, nous avions produit un spectacle – Bruxciel – tout onirique. Et puis, comme Columbia, sa trajectoire s’est brisée. Au sol, il nous reste ses instruments silencieux et partagés entre les enfants, les livres qu’il avait si joliment mis en page pour la Bibliothèque Royale ou quelques chansons de jeunesse; un peu de musique. Et puis des dossiers, des objets, son vélo, ses clés inanimées…

Alors, parfois, je me projette Bruxciel, sa musique, ses trajectoires d’avion et je regarde Philippe en plein ciel et je pleure encore, secrètement, dans mon bureau. *;->)

23:08 Écrit par Amadeus dans Cœur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : coeur, bruxciel, bruxelles, ciel |  Facebook |