09.09.2008

Du bonheur d’être Belge…

BonheurL  

                            Il est toujours difficile de comprendre comment pensent les autres. Pas évident. Il existe des signes. Par exemple, regardez des Anglais faire la file devant un arrêt de bus à Londres ou regardez les Français à Paris… Comme la Belgique a toujours été une énigme pour moi, j’essaie de trouver des signes. L’un d’eux m’est un jour apparu comme la matérialisation évidente de l’Esprit belge: le carrefour Léonard dans la forêt de Soignes. Un chef d’œuvre de la mentalité que nous partageons… Enfin pas trop, j’espère.

Pour quatre routes qui doivent se croiser, les concepteurs de ce chef d’œuvre administratif ont accumulé toute la panoplie des signaux routiers. Je crois qu’il n’en manque pas un. C’est la chapelle sixtine du signal routier. Vous pouviez mesurer votre QI rien qu’à la vitesse à laquelle vous étiez capable de traverser le carrefour. On voit bien que le Belge veut tout faire dans les règles. L’ordre c’est l’ordre. Mais à ce point de mise en ordre, plus aucun esprit humain ne peut percevoir et assimiler autant de stimuli sémantiques en aussi peu de mètres… En d’autres termes, le Belge pense que si tout y est, on ne peut rien reprocher à Kafka. Un peu comme si vous déversiez une tonne de touches de piano en prétendant que vous avez livré toutes les sonates de Mozart… Oui, certes… Même chose que les lois en Belgique. Il y en a tant que même les avocats ne s’y retrouvent plus. Notez, pour les lois, c’est pratique. Ça permet de tout interdire ou autoriser selon l’humeur du juge. Il y a toujours une loi applicable. Au passage, ça ruine des gens parce que l’avocat n’était pas au courant d’un codicille…

Revenons au Léonard: de plus, comme il existe un flux ininterrompu de véhicules qui viennent de toute l’Europe du nord pour aller vers toute l’Europe du sud… si vous veniez de Boitsfort, traverser le flux relevait de la cascade pour film d’action. Il vous fallait repérer les signaux qui concernent votre bande de roulement et pas celles des autres, les assimiler et agir en conséquence. Puis, lorsque cinq camions-murs laissent un «blanc» avant le mur suivant, vous démarriez en trombe et traversiez. Ma femme ne s’y est jamais aventurée! Elle est même furieuse que je passe par là! Trop de risques. Elle a mis un cierge à Saint Léonard pour me protéger.

Le pire qui me soit arrivé au Léonard, c’est par un beau soir d’hiver glissant alors que mon embrayage commençait lui-même à patiner… J’avais des voitures derrière moi, il fallait que j’y aille. J’étais en première ligne… Je me souviens de grosses gouttes de sueur… Les mains moites. J’avais passé la première… J’attendais en tremblant. Puis, subitement, j’ai cru voir un blanc et j’ai emballé le moteur, lâché l’embrayage, klaxonné, mis mes grands phares et suis passé in extremis. Je peux vous dire que les aventures de Terminator, à côté de ça, c’est de la bibine.

Enfin, maintenant, ils l’ont fermé carrément pour ceux qui viennent de Bruxelles! Sans aucune  signalisation pour prévenir les étrangers évidemment… Faut quand même pas exagérer! Signaliser oui; signaler, jamais! Ça doit être ça l'esprit belge…  *;->)