26.04.2008

On me prend pour une curiosité…

•CuriositéL
               
 
                Le jour où je serai hospitalisé à Bordet en cancérologie parce que j'aurai pas eu le bonheur de disparaître d'une crise cardiaque à temps, j'emporterai avec moi  un rouleau à tarte. Le premier qui me regardera d'un air compassionnel en me disant "comment va notre petit malade aujourd'hui?", risque de se prendre un coup de gourdin pour manque de respect. Le coiffeur qui m'a adressé la parole en m'appelant "Monsieur Marc" s'en souvient encore! Le distributeur de billets qui a le culot de me dire "retrait accepté" quand il ne fait que me rendre mon pognon risque aussi de prendre un coup de gourdin sur la devanture un de ces jours! Bref, j'aime qu'on me traite convenablement.

Notez, mon petit-fils, à trois ans et huit mois aussi se plaignait de la façon dont on lui parle… Un jour, il m'écoutait, amusé, dire que si les montagnes étaient cassées au-dessus c'est parce que la lune roulait dessus, parfois. Tu me crois? Non, me répondit-il du tac au tac! Puis: tu me racontes des histoires de bébé! Mais tu ne m'auras pas! Un réaliste, celui-là!

C'est de famille. Ma mère de quatre-vingts trois ans me dit: "on me prend pour une curiosité, on me parle comme à ton petit fils de trois ans!". Sa doctoresse de 55 ans s'étonnait hier qu'elle saute de la table d'examen sans aide: "ah, vous êtes déjà debout! Et sans aide!"… Etonnée la toubib.  Puis, elle l'a présentée à son assistante en disant qu'elle avait quatre-vingts ans passés et toute sa tête! (C'est vrai, ma mère a toute sa tête… C'est même ça le problème, à son âge… Mais je suis mauvaise langue). Elle n'était pas contente, ma mère! Vous commencez à voir?

Je suis toujours consterné, quand je vais dans un home pour personnes âgées, d'entendre le personnel soignant parler aux gens comme à des enfants. Devenir incontinent, déjà, ça doit être profondément humiliant. Mais être traité comme un toutou alors qu'il ne nous reste plus que la dignité, ça doit être terrible. C'est sans doute pourquoi beaucoup de personnes âgées s'accrochent à la coquetterie, à leur permanente, aux belles manières et à la cravate, voire à leurs décorations…

Voilà aussi pourquoi, certains trouvent encore la force de pincer les fesses des infirmières! Juste retour des choses! Et là, pour le coup; je m'y vois bien!
*;->)