29/06/2008

Mal comprenants…

Mal-comprenantsL

 
                                Un malentendant, vous savez ce que c’est. Un malvoyant aussi?

Ah! non, vous n’y êtes pas du tout. Ce sont des gens dont on refuse de regarder la réalité en face pour la rendre moins dérangeante. Alors on a changé le nom. Pratique, hein! Moi j’aime bien. Ça résout bien les problèmes et ça évite les ennuis.

Par exemple, si vous dites «un jeune pédé Maghrébin a assassiné une vieille dame», c’est pas bon. Il faut dire: «un  bi-beur inexpérimenté a niqué une mémère». Ben oui, on ne doit pas dire jeune non plus. Ça fait discrimination. Donc, parlons d’inexpérimenté, ce qui revient au même mais ça le dégage déjà un peu de sa responsabilité, non? Vous me suivez?  Bi, c’est mode. Beur, c’est un rien cholestérol mais c’est quand même connoté bons plats. Black c’est jazz mais c’est pour plus foncé. Niqué ça passe bien au jour d’aujourd’hui, c’est passé dans les oreilles à défaut d’être déjà tout à fait dans les mœurs. Et Mémère ça fait pas grave, innocent, ça suggère un peu qu’elle était conne et qu’il n’est pas impossible qu’elle n’ait eu que ce qu’elle méritait, non? Et voilà le travail!

Le problème est à moitié résolu et ça va cesser de traumatiser les autres, ceux qui veulent faire comme lui. La voie est ouverte.

Eh oui... Camus: Mal nommer les choses c’est ajouter à la souffrance du monde...

Voilà où nous mènent les esprits ouverts dont tout est tellement ouvert qu’il n’y a plus que des courants d’air. On a beau dire que l’ouverture d’esprit ne consiste pas à niquer les valeurs acquises par nos ancêtres pendant des milliers d’années. Les gens ont beau voter de plus en plus extrémistes, rien n’y fait. Sarko ne m’est pas sympathique du tout, ne serait-ce que pour les radars. Mais quand il ose appeler de la racaille de la racaille, nous faisons nos précieuses, nous nous effarouchons, nous aimerions tant qu’il utilise d’autres mots... parce que ceux là nous font trop peur! Et pendant qu’on ne regarde pas la réalité en face, la vraie réalité nous tourne le dos!

Bref, nous sommes tous en train de devenir des mal-comprenants! Oui, des idiots, quoi!  Faut tout vous expliquer, quand même!  *;->)

11/05/2008

Noblesse

NoblesseL

 
                Est ce que vous savez donner de la noblesse aux choses? Est ce que vous êtes capable de transcender la condition humaine et de lui donner un visage souriant et noble? Je vous zesplic.

Un jour j'ai rencontré une dame très bien à Neuilly, qui m'a dit d'une façon tout à fait classe que son père était Maître Solier de France. Tout de suite, je fus impressionné et j'ai imaginé son père à Versailles, avec un superbe habit, détenteur d'une charge royale subsistant dans la tradition et la glorification d'un passé prestigieux. Tout ça s'est effondré le jour où j'ai vu le Maître Solier de France en pantoufles charentaises, affalé dans un fauteuil, le ventre rebondi et le pif beaujolé… Eh oui, il était placeur de tapis qui avait gagné un concours du plus grand nombre de M2 placé au coup de genou dans l'après-midi. Ben oui… Déçu, je l'étais un peu. Mais il faut reconnaître à la France cet art consommé de créer de la distinction bidon avec n'importe quoi. Ça leur est indispensable. Ils ont fait la Révolution mais ne l'ont jamais intégrée. Vous savez, comme la soustraction pour un enfant… Compris mais pas intégré…  dit la maîtresse d'école. Pareil pour la France. J'ai une belle soeur socialiste qui est lectrice assidue de Poils de cul et Mirages du Monde et est complètement fascinée par la grandeur passée et royaliste de la France.

Pour vous qui cherchez à ennoblir votre langage façon française, je vous donne quelques exemples de bon parler.

Si vous envisagez de vous entre-déchirer en vacances en famille dans des luttes intestines, faites comme les socialistes français: appelez ça Universités d'Eté. Ça sonne mieux. Si vous voulez déconner entre copains, appelez ça Laboratoire d'Idées. Abandonnez la plaque de WC et remplacez la par "espace déjections".  Inversement, si vous êtes avocat, parlez de votre cabinet. Cherchez pas à comprendre, c'est comme ça. Le langage a sans doute voulu un rien rabaisser la prétention de cette profession étrange… Si vous êtes philosophe dites vous essayiste c'est plus prudent. Si vous voulez escroquer vos contemporains en vendant cher des cornichonneries, appelez ça art actuel, installations ou performances… Ben rigolez pas, le travail du huissier s'appelle bien exploit! Si vous organisez un festival de petomanes, appelez le Rencontres Internationales des Humoristes Gastriques. Vous prendrez la nécessaire distance. Si vous êtes fabricant de brouettes, présentez vous comme "créateur de brouettes". Ça fait mieux et pour lutter contre les Chinois, ça peut être utile. Vous commencez à voir?

Qu'est ce qu'on dit? Merci qui?

Les tableaux anciens dont les visages ont été remplacés par des visages de chiens sont du peintre Thierry Poncelet.
http://www.pixelselection.com/poncelet/html/page%201.htm
http://fr.easyart.com/artistes/Thierry-Poncelet-4519.html

18:00 Écrit par Amadeus dans Drôle de monde | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : humour, elegance, langage, pretention |  Facebook |

26/04/2008

On me prend pour une curiosité…

•CuriositéL
               
 
                Le jour où je serai hospitalisé à Bordet en cancérologie parce que j'aurai pas eu le bonheur de disparaître d'une crise cardiaque à temps, j'emporterai avec moi  un rouleau à tarte. Le premier qui me regardera d'un air compassionnel en me disant "comment va notre petit malade aujourd'hui?", risque de se prendre un coup de gourdin pour manque de respect. Le coiffeur qui m'a adressé la parole en m'appelant "Monsieur Marc" s'en souvient encore! Le distributeur de billets qui a le culot de me dire "retrait accepté" quand il ne fait que me rendre mon pognon risque aussi de prendre un coup de gourdin sur la devanture un de ces jours! Bref, j'aime qu'on me traite convenablement.

Notez, mon petit-fils, à trois ans et huit mois aussi se plaignait de la façon dont on lui parle… Un jour, il m'écoutait, amusé, dire que si les montagnes étaient cassées au-dessus c'est parce que la lune roulait dessus, parfois. Tu me crois? Non, me répondit-il du tac au tac! Puis: tu me racontes des histoires de bébé! Mais tu ne m'auras pas! Un réaliste, celui-là!

C'est de famille. Ma mère de quatre-vingts trois ans me dit: "on me prend pour une curiosité, on me parle comme à ton petit fils de trois ans!". Sa doctoresse de 55 ans s'étonnait hier qu'elle saute de la table d'examen sans aide: "ah, vous êtes déjà debout! Et sans aide!"… Etonnée la toubib.  Puis, elle l'a présentée à son assistante en disant qu'elle avait quatre-vingts ans passés et toute sa tête! (C'est vrai, ma mère a toute sa tête… C'est même ça le problème, à son âge… Mais je suis mauvaise langue). Elle n'était pas contente, ma mère! Vous commencez à voir?

Je suis toujours consterné, quand je vais dans un home pour personnes âgées, d'entendre le personnel soignant parler aux gens comme à des enfants. Devenir incontinent, déjà, ça doit être profondément humiliant. Mais être traité comme un toutou alors qu'il ne nous reste plus que la dignité, ça doit être terrible. C'est sans doute pourquoi beaucoup de personnes âgées s'accrochent à la coquetterie, à leur permanente, aux belles manières et à la cravate, voire à leurs décorations…

Voilà aussi pourquoi, certains trouvent encore la force de pincer les fesses des infirmières! Juste retour des choses! Et là, pour le coup; je m'y vois bien!
*;->)

23:00 Écrit par Amadeus dans Drôle de vie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : humour, curiosite, vieux, langage |  Facebook |

09/04/2008

Le beau parler

Enculé-s'pasL

 
 
                            Je déteste la vulgarité autant que vous. Il va cependant falloir éloigner un peu les enfants pour lire la chronique d'aujourd'hui. Avez-vous déjà remarqué à quel point les nobles pouvaient être incongrus? A croire que, se sentant tombés dans la portion maggy de la bonne éducation une fois pour toutes à la naissance comme Obélix, ils peuvent se permettre les pires dérapages sous prétexte qu'ils veulent se mettre au niveau de tout le monde. Comportements hybrides, langage de charretier, tout y passe avec une délicieuse délicatesse toutefois… Soit. La même chose vient de m'arriver avec un lecteur fort érudit. Je vous zesplic.

Pour être sur que je comprenne son propos critiquant la nécessité pour un psychanalyste d'avoir été psychanalysé lui-même, il me dit: "comme s'il fallait avoir été enculé pour devenir proctologue, n'est ce pas?" Ah…

A première vue le propos peut paraître vulgaire bien que juste et bien observé. Côté observation tout coulisse bien. De plus, le "n'est ce pas" lui confère une distance noble que l'on n'entend que dans la bouche des vieux sages qui ont été très éduqués comme Valéry Giscard d'Estaing qui termine toutes ses phrases par 's pas? On se sent rassuré. Il eût dit "…enculé pour être médecin du trou de balle", on l'eut classé bas de gamme. Avec "…enculé pour devenir trouducologue", il eut manifesté sa connaissance de l'œuvre de mon Maître Pierre Desproges mais se serait abaissé au niveau de mes chroniques. Il y a dans sa formulation un contraste entre "enculé" et le terme juste et précis, presque précieux de "proctologue" comme une certaine hauteur scientifique. Tout va bien.

A vrai dire, en notre temps troublé, si vous ne manifestez aucune vulgarité élégante, vous passez pour un plouc. Seules les petites gens savent encore recevoir et être dignes. Mon lecteur a donc su se positionner à mes yeux comme un être choisi, élu et parfaitement bien situé dans le haut de gamme des codes sociaux, bordel de merde, s' pas?

Eh oui, nos valeurs se sont inversées… Y va falloir faire avec. Mais pas de panique c'est pas nouveau. Mozart lui-même, l'être le plus délicat qui soit, était d'une vulgarité épouvantable dans la correspondance avec sa sœur… Allez, pour vous quitter et le paraphraser sans qu'on puisse me le reprocher, j'embrasse vos adorables petits culs! Je parlais aux dames, évidemment… Pas à mon raffiné lecteur, s'pas!  *;->)

Bon, là-dessus je m'absente quelques jours pour fuir ses représailles!  ;-)

18:00 Écrit par Amadeus dans Drôle de monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : humour, langage, parler, vulgarite |  Facebook |

19/03/2008

Désir d'avenir…

ExegeseL

 
                        Je ne sais pas si vous avez remarqué qu’il y a des gens qui disposent d’un langage nettement plus efficace et passionnant que le nôtre…

Les sportifs, par exemple, qui passionnent tant de gens et dont on reçoit la parole sacrée sur toutes les chaînes de télévision:
— Si nous n’avions pas perdu une demi-heure, nous serions déjà là depuis une demi heure!
Notez, ce sportif là avait des circonstances atténuantes, c’était… Johnny dans le Dakkar. Il cumulait deux niveaux de bêtise: le sportif et la star, pour le coup…
— …nous pouvons dire que si nous n’avons pas pu réussir le quart de finale, il aurait de toute façon été inutile que nous allions en demi finale…
Ah! C’est déjà plus subtile et Confucius n’eut pas dit plus vrai!

La palme revient toutefois aux politiciens parce que ça n’a pas l’air aussi idiot mais c’est plus pervers. J’ai noté quelques jolies formules de la belle Ségolène Royale, ces jours-ci:
— Moi je revendique pour la gauche le droit que chaque travailleur puisse vivre dignement.

Analysons un instant. Elle revendique… mais… qu’elle le fasse! Les politiciens n’ont pas à revendiquer mais à faire. C’est aux gens à revendiquer! Seulement ça fait bien de parler «avec» le peuple. Pousruivons:

— Il faut faire en sorte que la France avance…

Il y a dans le «faire en sorte» une porte dérobée! Elle ne dit pas comment elle compte s’y prendre, ce qui pourrait instantanément être critiqué. Non. Elle dit qu’il faut faire en sorte que… Mais quelle sorte? Elle ne le sait pas non plus! Habile! Ni obligation de résultats ni obligation de moyens…

— … et rassembler pour construire ensemble ce désir d’avenir.
Rassembler, construire, ensemble… Très joli! Ça sonne mieux que le discours sportif. Surtout pour cette grande cause qu’est un désir d’avenir. C’est vrai! Il y a des gens qui refusaient de passer en 2008 et vous verrez que fin de cette année vont refuser de passer en 2009. Comme ça, parce qu’ils n’ont plus de désir d’avenir… C’est une nouvelle pathologie! Sans parler de ceux qui ont un vrai désir du passé quand ils votent pour ceux qui disent…
— Au Parti Socialiste, nous disons qu’il faut du changement…

Eh oui, le dire c’est bien, mais le fer… l’eau ferrugineuse c’est mieux, comme disait Bourvil.

*;->)

18:16 Écrit par Amadeus dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : humour, socialistes, politique, langage |  Facebook |

22/11/2007

Désir d'avenir


ExegeseL

 
 
                    Je ne sais pas si vous avez remarqué qu’il y a des gens qui disposent d’un langage nettement plus efficace et passionnant que le nôtre…

Les sportifs, par exemple, qui passionnent tant de gens et dont on reçoit la parole sacrée sur toutes les chaînes de télévision:
— Si nous n’avions pas perdu une demi-heure, nous serions déjà là depuis une demi heure!
Notez, ce sportif là avait des circonstances atténuantes, c’était… Johnny dans le Dakkar. Il cumulait deux niveaux de bêtise: le sportif et la star, pour le coup…
— …nous pouvons dire que si nous n’avons pas pu réussir le quart de finale, il aurait de toute façon été inutile que nous allions en demi finale…
Ah! C’est déjà plus subtile et Confucius n’eut pas dit plus vrai!

La palme revient toutefois aux politiciens parce que ça n’a pas l’air aussi idiot mais c’est plus pervers. J’ai noté quelques jolies formules de la belle Ségolène Royale durant sa campagne:
— Moi je revendique pour la gauche le droit que chaque travailleur puisse vivre dignement.

Analysons un instant. Elle revendique… mais… qu’elle le fasse! Les politiciens n’ont pas à revendiquer mais à faire. C’est aux gens à revendiquer! Seulement ça fait bien de parler «avec» le peuple. Pousruivons:

— Il faut faire en sorte que la France avance…

Il y a dans le «faire en sorte» une porte dérobée! Elle ne dit pas comment elle compte s’y prendre, ce qui pourrait instantanément être critiqué. Non. Elle dit qu’il faut faire en sorte que… Mais quelle sorte? Elle ne le sait pas non plus! Habile!

— … et rassembler pour construire ensemble ce désir d’avenir.
Rassembler, construire, ensemble… Très joli! Ça sonne mieux que le discours sportif. Surtout pour cette grande cause qu’est un désir d’avenir. C’est vrai! Il y a des gens qui refusaient de passer en 2007 et vous verrez que fin de cette année vont refuser de passer en 2008. Comme ça, parce qu’ils n’ont plus de désir d’avenir… C’est une nouvelle pathologie! Sans parler de ceux qui ont un vrai désir du passé quand…
— Nous disons au Parti Socialiste qu’il faut du changement…

Eh oui, le dire c’est bien, mais le fer… l’eau ferrugineuse c’est mieux, comme disait Bourvil.

*;->)

23:22 Écrit par Amadeus dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : humour, segolene royal, politique, langage |  Facebook |