14.08.2008
Fake…

J’suis bidon, disait la chanson. Hier soir, vernissage chez Bardaf, le souk... Un cadre passionnant. Tout y est faux.
Les objets d’abord qui sont des répliques en résine de grandes œuvres des grands musées et puis des gravures et autres oublis d’artistes d’appellation incontrôlée.
Le public ensuite. Des cadres désargentés à l’affût de découvertes artistiques qui vont monter plus sûrement que la bourse. Ils rencontrent des publicitaires défenestrés et recadrés, foulard et veste de velours à l’appui, en artistes peintres. Ceux là “espèrent vivre de leur peinture... bientôt”. Ils étaient au firmament du lunapark publicitaire mais ont dévissé malencontreusement du fait de leur âge ou pour cause de remplacement d’une mode par une autre. Or les modes d’aujourd’hui ne se contentent pas de remplacer les précédentes. Elles doivent, pour exister, shooter la précédente et se nourrir de leurs assassinats œdipiens.
Leur art est guidé par la recherche de la séduction immédiate, l’émotion chair de poule ou le bizarre, le tout bien propre et sur-encadré (il n’est pas rare que “l’œuvre” soit vendue deux cents euros et l’encadrement autant!). L’inspiration vient du jardin d’enfant façon Alechinsky, un dilettante qui laisse couler ses encres au hasard des pinceaux et des enroulements de l’ennui dont les formes ne se sauvent du scatologique que par un peu de couleur.
On trouve des livres sur “Le Vide”, textes et gravures originales, des livres sur tout ce qui est sale et qu’un enfant ne doit pas faire, des tableaux sur “Un voyage à Marrakech” (tiens, ça me dit quelque chose...). Des livres sur les livres... Le vide du vide.
Et puis des femmes aux chaussures très architectured sous des robes pantalons coupés comme des jeans mais globalisés mystère de Chine. Rouge à lèvres contrasté. Des Mal rasés, preuve de leur statut d’artiste. Des femmes honnêtes à l’affût du dernier chic, du pompon décoratif, de la chinoiserie qui achèvera l’ornementation de leur bonbonnière.
Nous nous sommes enfuis pour aller manger une tartine au fromage blanc et radis de saison avec une Grimbergen dans le premier bistrot oublié de la modernité. Nous étions à la fois touchés et plein de compassion pour tant de désespoirs à la dérive et consternés par autant de maquillage existentiel. Jamais sans doute, vernissage n'a mieux porté son nom…
*;->(
18:00 Écrit par Amadeus dans Drôle de monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vernissage, artistes, epaves |
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